ANALYSE DE CYCLE DE VIE DANS
LE SECTEUR DU BÂTIMENT
Évaluer les GES : une question d’exemplarité

CYNTHIA BOLDUC-GUAY
RÉDACTRICE-PIGISTE
Ce sont actuellement 10 ministères et organismes gouvernementaux qui exigent des évaluations des émissions des gaz à effet de serre (GES) évitées pour les matériaux de structure, ouvrant ainsi la voie à ce que l’utilisation du bois soit davantage considérée. À ce jour, ce sont deux cas de figure qui se présentent pour faire les évaluations, soit pour leurs propres projets de construction ou pour des projets pour lesquels ils sont subventionnaires.
Le Comité interministériel de haut niveau sur l’exemplarité gouvernementale en construction bois (CIMHN) assure le déploiement de l’exemplarité en construction bois au sein des principaux ministères et organismes gestionnaires de projets, subventionnaires ou autres intervenants gouvernementaux concernés par la construction de bâtiments financés en tout ou en partie par l’État. Un des mandats du CIMHN consiste à établir un mécanisme de reddition de comptes par lequel le gouvernement assume son rôle d’exemplarité, notamment en tant qu’important donneur d’ouvrage.
Parmi les indicateurs de l’exemplarité gouvernementale en construction bois, le Comité a identifié des cibles progressives à atteindre pour la période 2021-2026 concernant la réalisation d’évaluations des émissions de GES évitées pour les matériaux de structure des projets de construction financés par le gouvernement. L’objectif visait à ce qu’au final, 80 % des projets pour lesquels la solution bois a été analysée en avant-projet fassent l’objet d’une évaluation de GES évités à l’étape d’avant-projet et à l’étape de réalisation.
Des cibles atteintes et même dépassées
« Les cibles pour l’évaluation des émissions de GES aux étapes d’avant-projet et de réalisation sont évolutives. Les cibles de 25 % pour la période 2021-2023 et de 50 % pour la période 2023-2025 ont été atteintes. Pour les projets réalisés de 2021 à 2025, les résultats montrent que l’utilisation du bois en structure dans 419 projets s’est traduite par une réduction des émissions de GES liées à la fabrication des matériaux structuraux de 13 565 t éq. CO2. Les efforts de chacun des ministères et organismes concernés se poursuivent en vue de favoriser l’atteinte de la cible de 80 % fixée pour 2025-2026 », souligne fièrement Wassim Kharrat, conseiller en construction bois au ministère des Ressources naturelles et des Forêts.
Wassim Kharrat précise que le gouvernement du Québec s’est également doté de cibles minimales d’utilisation de structures en bois ou hybrides (bois et autre matériau) dans le Plan de mise en œuvre 2021-2026 de la Politique d’intégration du bois dans la construction afin d’accélérer la construction en bois de bâtiments et d’ouvrages de génie civil publics, parapublics et privés financés par l’État.
Plusieurs cibles pour l’utilisation du bois en structure dans des bâtiments pour lesquelles le gouvernement est donneur d’ouvrages ont été atteintes à ce jour, notamment dans les bâtiments scolaires, les maisons des ainés et les établissements d’enseignement supérieur. « Un des grands objectifs, c’est que les ministères et organismes ainsi que l’ensemble des professionnels concernés possèdent les connaissances et les outils requis dans la réalisation des évaluations de GES évitées », explique Mathieu Cassard, conseiller technique en construction durable chez Cecobois.
Des données 100 % québécoises
Pour documenter et quantifier la performance carbone des bâtiments financés par l’État, le gouvernement a accordé, dans le cadre de la Politique d’intégration du bois dans la construction, une aide financière à Cecobois.
Le financement pour ce projet provient du Fonds d’électrification et de changements climatiques et s’inscrit dans le cadre de l’action R3-080 du Plan de mise en œuvre 2025-2030 du Plan pour une économie verte 2030, laquelle vise à « lever les barrières à l’utilisation du bois dans la construction ». Dans le cadre de ce projet, des évaluations comparatives des émissions de GES sont réalisées avec l’outil GESTIMAT pour les différents matériaux de structure et d’enveloppe grâce à ses données québécoises régionalisées. Cecobois a aussi été chargé de produire de la documentation afin d’accompagner les différents ministères et organismes dans leur démarche.
L’évaluation des émissions de GES réalisée en avant-projet permet de comparer les émissions de GES liées aux matériaux de structure selon le type de bâtiment, le nombre d’étages, la superficie ainsi que la trame structurale ou la portée. GESTIMAT propose d’ailleurs des bâtiments types paramétrisés afin de faciliter la comparaison. Un rapport est ensuite généré pour chaque scénario analysé, ainsi qu’une analyse comparative.
Une fois le projet terminé (à l’étape de « projet réalisé »), une deuxième évaluation des émissions de GES évitées permet de comparer les résultats obtenus avec ceux d’un scénario de référence qui n’utiliserait pas le bois en structure. Les évaluations de GES à l’étape d’avant-projet obtenues par les ministères et organismes permettent d’inclure ces données sur l’impact environnemental des futurs bâtiments lors de la réflexion pour le choix des matériaux de structure. Par la suite, les évaluations de GES des projets réalisés permettent de documenter la performance carbone des bâtiments construits au Québec et financés par le gouvernement.
« UN DES GRANDS OBJECTIFS, C'EST QUE LES MINISTÈRES ET ORGANISMES AINSI QUE L'ENSEMBLE DES PROFESSIONNELS CONCERNÉS POSSÈDENT LES CONNAISSANCES ET LES OUTILS REQUIS DANS LA RÉALISATION DES ÉVALUATIONS DE GES ÉVITÉES. »
MATHIEU CASSARD CECOBOIS